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Dépression : Les femmes toujours plus à risque?


Grossesse et période du post-partum

Tout d’abord, il faut savoir que durant la période suivant la parturition, trois problèmes de santé mentale différents peuvent atteindre les nouvelles mères, soit le «baby blues», la dépression post-partum et la psychose post-partum. Toutefois, seulement un nombre infime de femmes (1 à 2 sur 1000 femmes en période de post-parturition) développent une condition aussi extrême que la psychose post-partum. Les deux autres conditions sont bien plus fréquentes, mais sont parfois encore confondues. Il est donc important de différencier l’une de l’autre. Le «baby blues» est un état passager de déprime, vécu par 30-80% des femmes, qui se caractérise par une instabilité de l’humeur, de l’anxiété, de la tristesse, des crises de pleurs, de l’insomnie et de la fatigue. Ces symptômes se déclenchent habituellement de 3 à 10 jours après l’accouchement et se résorbent d’eux-mêmes en l’espace de 2 semaines. Cet état serait dû à la chute des niveaux d’estrogène et de progestérone suite à la perte du placenta (Voir Section Régulation de la production d’hormones sexuelles et cycle menstruel, sous-section Grossesse et parturition). Ces hormones auraient un impact sur la sensibilité des récepteurs des neurotransmetteurs associés au contrôle de l’humeur. En ce sens, les niveaux d’estrogène et de progestérone (qui diminuent de manière fulgurante suite à la parturition) atteindraient environ au troisième jour post-natal la valeur qu’ils avaient avant la grossesse, ce qui coïncide d’ailleurs avec le moment de l’apparition des symptômes de «baby blues». L’adaptation du corps à ce retour à la normale expliquerait le fait que cet état n’est que passager.

La dépression post-partum, quant à elle, survient bien plus tard, soit de 3-4 semaines jusqu’à 6 mois après la parturition. Elle se caractérise par des crises de pleurs, une profonde tristesse, de l’indécision, l’impression de ne pas être adéquate ou d’échouer dans le rôle de mère et, parfois même, des idées suicidaires en plus de symptômes semblables à ceux de l’hypothyroïdie (intolérance au froid, sécheresse cutanée, constipation et rétention d’eau). Bien qu’une histoire antérieure de dépression et une hérédité familiale de problèmes de santé mentale soient des facteurs importants, le fait que la dépression post-partum ne soit pas présente dans toutes les cultures laisse supposer que les facteurs psychosociaux ont un rôle très important à jouer. Parmi ceux-ci, on compte les conflits avec le conjoint, des événements stressants durant la grossesse et tout de suite après l’accouchement (ex. : maladie chez l’enfant), un statut socio-économique faible, un faible support social ainsi que les attentes irréalistes ou idéalisées par rapport à la maternité.   

Il y a cependant des théories plus physiologiques qui pourraient expliquer la dépression post-partum. D’abord, la sensibilité des récepteurs sérotoninergiques serait diminuée durant la période post-partum chez les femmes génétiquement prédisposées à la dépression. Aussi, durant la grossesse, plusieurs femmes vivraient une certaine dysfonction de la thyroïde, ce qui pourrait expliquer les symptômes semblables à ceux de l’hypothyroïdie vécus durant la dépression post-partum. L’axe HPS pourrait également être impliqué dans le développement de la dépression post-partum (ex.: intolérance au froid, sécheresse cutanée, constipation, rétention d’eau). En effet, lors de la grossesse, le placenta devient source importante d’ACTH (Voir Section Régulation de la production d’hormones sexuelles et cycle menstruel, sous-section Grossesse et parturition). Ainsi, la diminution soudaine d’ACTH et d’estrogène, suite à la parturition, pourrait provoquer une hypoactivation prolongée de l’axe HPS. Or, l’une des hormones impliquées dans cet axe, soit le CRF, a un impact sur le système sérotoninergique puisqu’il modifie l’expression des transporteurs 5-HT de certaines régions du cerveau. Ainsi, puisque l’axe HPS est hypoactivé, il y a moins de CRF et donc, l’expression des transporteurs 5-HT est diminuée, ce qui favorise l’apparition des symptômes dépressifs chez les personnes plus à risque.  

Malgré le fait que c’est majoritairement l’effet des stéroïdes sexuels de l’axe HPG sur le cerveau qui ait été abordé jusqu’ici, il faut également savoir que le cerveau produit lui-même une certaine quantité de stéroïdes, appelés neurostéroïdes. Or, la production de l’un en particulier, soit l’alloprégnanolone est particulièrement intéressante du point de vue de la dépression. Ce stéroïde est un agoniste des récepteurs GABAergiques et aurait un effet sur l’humeur, le comportement et le stress. En effet, on remarque que les concentrations d’alloprégnanolone augmentent lors de la grossesse, d’un stress aigu et lors de la prise d’anti-dépresseurs ou d’anxiolytiques tandis qu’elles diminuent lors de la dépression, de la parturition ou du stress chronique. En ce sens, cela pourrait expliquer pourquoi la femme est plus à risque de faire une dépression durant ce moment de sa vie.

 

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Chaire sur la santé mentale Femmes/Hommes Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine – site web