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Ménopause et andropause


Liens avec la ménopause

Tout d’abord, l’une des hypothèses avancées pour expliquer les changements pathologiques liés à la maladie d’Alzheimer est que lorsque les stéroïdes sexuels cessent d’être produits à la ménopause (Voir section Ménopause et andropause sous-section Effets du vieillissement sur l’axe HPG), cela  amène les neurones différenciés à sortir de la phase G0 du cycle cellulaire, c’est-à-dire la phase de latence où la cellule ne se divise pas, et à entrer de nouveau dans le cycle cellulaire, donc à se diviser. En effet, l’estrogène aurait un effet trophique sur les neurones, c’est-à-dire qu’il favorise la survie des neurones ainsi que la création de nouvelles synapses, permettant ainsi une certaine plasticité synaptique. Bref, il favorise le maintien de l’état de latence. Ainsi, lorsque les niveaux d’estrogène chutent drastiquement, cette protection n’est plus efficace et le milieu hormonal redevient semblable à celui durant le développement fœtal, moment où le cerveau est en croissance. Les neurones se dédifférencient donc et entrent en mitose.

L’estrogène jouerait également un rôle neuroprotecteur contre plusieurs conditions neurotoxiques telle que l’ischémie ou la toxicité ß-amyloïde. D’ailleurs, l’hippocampe et les lobes frontaux, qui jouent un rôle important dans la mémoire, possèdent tous les deux des récepteurs d’estrogène. La suppression de l’estrogène aurait comme effet de favoriser la voie amyloïdogénique plutôt que non-amyloïdogénique à partir de son précurseur. L’estrogène ne protège donc plus contre la toxicité de l’Aß qui s’accumule. En ce sens, la suppression de l’estrogène a pour conséquence de retirer la protection de ces régions à la toxicité des plaques séniles.

Pour en savoir plus sur ce mécanisme
La chute d’estrogène aurait également un impact sur le développement de l’Alzheimer parce que l’estrogène joue un rôle dans l’homéostasie du calcium intracellulaire, soit dans l’équilibre des niveaux de calcium entre l’extérieur et l’intérieur de la cellule. Or, cette homéostasie permet de contrer l’excitoxicité du glutamate. En maintenant l’équilibre, l’estrogène protège donc de la toxicité du glutamate. Finalement, l’estrogène aurait encore un rôle neuroprotecteur puisqu’il régule l’expression de la famille de protéines Bcl-2, dont plusieurs ont un rôle anti-apoptotique. Le retrait de l’estrogène réduit le nombre de protéines Bcl-2, favorisant ainsi la mort cellulaire.

Toutefois, une autre hypothèse qui expliquerait le développement de la pathologie de l’Alzheimer est non pas directement la diminution des stéroïdes sexuels, mais bien l’augmentation des gonadotrophines secondaires à la ménopause, en particulier la LH. En effet, cette dernière, contrairement à la FSH, réussit à traverser la barrière hémato-encéphalique. D’abord, il faut savoir qu’il y a une grande homologie entre la LH et la gonadotrophine chorionique (hCG), une hormone produite par le placenta durant le développement fœtal. Or, cette hormone serait un puissant mitotique, donc provoquerait la division cellulaire. De plus, les régions du cerveau touchées par cette maladie sont celles qui expriment le plus de récepteurs de LH. Finalement, tout comme la chute d’estrogène, l’augmentation de LH favoriserait la formation des plaques séniles.

Et les hommes dans tout cela?

Les hommes souffrent aussi d’Alzheimer, mais beaucoup moins que les femmes et le développent plus tard au cours de leur vie. Pourquoi alors un ratio 2:1? Certes, l’explication fournie dans cet article ne tient compte que des femmes, mais elle est aussi applicable à l’homme puisque la testostérone aurait également un effet neuroprotecteur. Toutefois, il n’a pas été précisément déterminé s’il s’agit d’un effet direct ou indirect provenant du fait qu’une enzyme présente en grande concentration chez l’homme, l’aromatase, permet d’obtenir de l’estradiol, un estrogène, à partir de la testostérone. La testostérone empêche donc, tout comme l’estrogène, le déclenchement d’une mitose et protègent des substances neurotoxiques. La principale différence entre les hommes et les femmes réside donc dans le fait que la perte de stéroïdes sexuels et l’augmentation de la gonadotrophine LH sont moins soudaines et arrivent à un âge plus avancé chez les hommes (Voir Section Ménopause et andropause, sous-section ménopause vs. andropause : difficulté de diagnostic chez les hommes).


Chaire sur la santé mentale Femmes/Hommes Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine – site web