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Ménopause et andropause


Ménopause, andropause, hormones sexuelles et démence

La démence est une forme de maladie mentale associée au vieillissement, la plus connue de toutes étant la maladie d’Alzheimer. Toutefois, très peu de gens savent que deux fois plus de femmes que d’hommes sont diagnostiquées pour la maladie d’Alzheimer et qu’elles le sont à un âge plus jeune que les hommes. Plusieurs questionnements surgissent de cette différence entre hommes et femmes : Y a-t-il deux fois plus de femmes atteintes parce qu’elles ont une plus longue espérance de vie? Y a-t-il des changements métaboliques particuliers propres à la femme qui pourraient expliquer cette divergence? Ces questionnements ont été la piste permettant de découvrir comment la ménopause, et plus tard, l’andropause, peuvent avoir un impact sur le développement de cette démence.

L’Alzheimer

Tout d’abord, il faut faire une distinction entre les déficits cognitifs normaux dans le continuum du vieillissement et ceux associés à l’Alzheimer (voir section Troubles cognitifs légers et maladies d’Alzheimer). En vieillissant, il est normal que chez plusieurs personnes les facultés cognitives, comme la mémoire, soient moins performantes que lorsqu’elles avaient 20 ans. Par contre, ces déficits ne sont pas assez significatifs pour perturber la vie quotidienne de l’individu. Dans le cas de l’Alzheimer, les déficits qui se produisent deviennent rapidement assez significatifs pour que la personne ne parvienne plus à vivre une vie normale (ex : ne pas retrouver son chemin à quelques coins de rues de sa demeure, mettre les objets dans des endroits incongrus et ne pas les retrouver par la suite ou encore oublier de faire des choses aussi simples et essentielles que de manger trois fois par jour).

Cette démence est liée à plusieurs processus pathologiques comme l’accumulation de plaques séniles et d’enchevêtrements neurofibrillaires. Ces processus mènent éventuellement à la dégénérescence de certaines structures du cerveau dont l’hippocampe, une structure essentielle à la mémoire. Les déficits de l’Alzheimer se présentent  d’abord sous forme de pertes de mémoires suffisamment significatives pour que cela gêne la personne concernée ou son entourage (ex : se répéter à plusieurs reprises lors de la même conversation, confondre des mots ou oublier des mots simples, oublier le nom des personnes, ne pas porter des vêtements appropriés pour le temps qu’il fait). Cependant, plusieurs autres déficits se manifestent progressivement comme des changements comportementaux allant parfois même jusqu’à de l’agressivité envers les proches, des difficultés de langage ou des  perceptions visuelles et spatiales modifiées. Le décès, secondaire à des complications associées avec les fonctions perdues au cours de la maladie, survient éventuellement.

Métabolisme pathologique de l’Alzheimer

Les effets observés sont secondaires aux modifications pathologiques qui surviennent dans les neurones, suite à la diminution considérable du taux d’hormones sexuelles chez la femme. Tout d’abord, plusieurs indices permettent de supposer que la cellule entre en mitose, c’est-à-dire en processus de division cellulaire. Ce processus comprend 4 étapes distinctes :

  • La première étape , nommée prophase, débute par le démantèlement de la membrane du noyau de la cellule, ce qui permet l’accès aux chromosomes. Chaque chromosome a été répliqué, lui donnant l’aspect de la lettre X, pour que chacune des cellules créées puisse en avoir une copie.
  • Lors de la deuxième étape, la métaphase, les chromosomes sont alignés au centre de la cellule pour permettre l’étape suivante, l’anaphase.
  • Pendant l’anaphase (la troisième étape), les chromosomes sont séparés en deux et tirés par des structures nommées microtubules vers les deux pôles de la cellule.
  • Au cours de la quatrième étape, la télophase, la cellule se divise en deux et reforme une membrane autour des chromosomes pour former son noyau.

Normalement, les neurones adultes ne se divisent pas, mais il semble que, dans le cas de l’Alzheimer, la cellule entre de nouveau en mitose. Toutefois, la cellule n’est plus capable d’accomplir l’anaphase. Puisque les neurones ne parviennent pas à compléter la division cellulaire, cela déclenche la cascade apoptotique, c’est-à-dire le processus par lequel le corps élimine les cellules anormales de l’organisme. Cette modification du phénomène d’apoptose se répercute sur le métabolisme du précurseur de la protéine bêta-amyloïde (AßPP). Dans une personne saine, ce précurseur n’est pas transformé en protéine bêta-amyloïde (Aß). Il s’agit donc de la voie non-amyloïdogénique. Néanmoins, chez les individus atteints de la maladie d’Alzheimer, la voie amyloïdogénique est enclenchée. L’Aß est donc produite et s’accumule en plaques séniles qui sont toxiques pour les régions de cerveau où elles se développent. Bref, tous ces changements finissent par provoquer la mort cellulaire et, incidemment, la perte de synapses, ce qui contrevient aux fonctions normales des régions du cerveau impliquées dans la maladie d’Alzheimer.

Pour en savoir plus sur ce mécanisme
Dans la maladie d’Alzheimer, l’anaphase ne peut être complétée puisqu’une protéine essentielle, nommée protéine tau, est hyperphosphorylée. La phosphorylation, soit l’ajout d’un groupement supplémentaire de phosphate à la protéine tau est normale durant l’anaphase et permet de détacher le microtubule du chromosome et déclenche sa dépolymérisation. Éventuellement, le groupement phosphate est retiré et le kinétochore, nom donné aux microtubules accrochés aux chromosomes pour les séparer, se polymérise et s’attache à la protéine tau. Toutefois, lorsque davantage de groupe phosphate sont ajoutés durant l’hyperphosphorylation, cela a pour effet d’empêcher l’attachement des kinétochores puisqu’ils n’arrivent pas se fixer à la protéine tau. Ces microtubules s’accumulent donc et forment les enchevêtrements neurofibrillaires qui caractérisent cette maladie.

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Chaire sur la santé mentale Femmes/Hommes Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine – site web