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Sexe, genre et réactivité au stress


Le sexe et le stress

En contexte de laboratoire, entre la puberté et la ménopause, les femmes montrent généralement une moins grande activation de l’axe HPS face à un stresseur psychosocial comparativement aux hommes du même âge. En effet, les niveaux de cortisol salivaire chez l’homme sont souvent doublement supérieurs à ceux de la femme lorsqu’ils sont soumis à une tâche de stress psychosocial, comme une tâche d’exposé oral. De plus, la seule anticipation d’un potentiel stress psychosocial mène à une réponse cortisolaire salivaire augmentée chez l’homme. Il a été suggéré que les femmes n'ont pas cette réponse anticipatoire, du moins pour ce genre de stresseur. Par contre, avant la puberté et après la ménopause, les différences entre les sexes sont bien moins importantes, voire inexistantes...

L’une des principales hypothèses explicatives de ce contraste inter-sexes est l’impact des hormones sexuelles, particulièrement l’estrogène, sur l’axe HPS. En effet, les régions cérébrales comme l’hippocampe, le système limbique et les régions frontales sont impliquées dans  le contrôle de la libération hormonale ultérieure en stimulant ou inhibant la sécrétion des hormones hypothalamiques. Ces régions sont également riches en récepteurs d’estrogène et par conséquent, très sensibles aux variations des niveaux d’hormones sexuelles femelles. Donc, l’estrogène affecte directement les régions cérébrales qui sont fortement impliquées dans la régulation et la stimulation de l’axe HPS.     

À l’inverse, les hormones sexuelles mâles exercent une influence plus subtile sur l’axe HPS chez les hommes. De ce qui est connu aujourd’hui, les androgènes auraient un rôle plus restreint que l’estrogène à jouer dans la régulation de l’axe des hormones de stress. Toutefois, il est important de souligner que certains effets que la testostérone exerce dans le cerveau sont assumés par les récepteurs d’estrogène, une fois que la testostérone est convertie en estrogène par aromatisation.

Lorsqu’il est question de différence de sexe, il est important de considérer l’effet du cycle menstruel sur la réactivité au stress chez la femme. En effet, la réponse de l’axe HPS varie selon la phase du cycle menstruel. (Voir section Régulation de la production d’hormones sexuelles et cycle menstruel – voir sous-section âge adulte). Même s’il est maintenant entendu que la réactivité au stress psychosocial est inférieure chez la femme, ce n’est pas le cas lorsqu’elle se trouve en phase lutéale. À cette étape du cycle menstruel, l’activation de l’axe HPS est comparable à celle des hommes. D’un point de vue méthodologique, il est crucial de prendre ce phénomène en compte afin de bien interpréter les résultats de recherche. Étant donné que les niveaux d’estrogène fluctuent considérablement au cours du cycle menstruel, la réactivité au stress est soumise à une grande variabilité intra et inter-individuelle. Par exemple, une femme en phase folliculaire n’aura pas la même réponse de stress qu’en phase lutéale (la réponse de stress est diminuée en phase folliculaire). Également, elle n’aura pas nécessairement la même réponse au stress qu’une autre femme en phase folliculaire puisque les niveaux d’estrogène varient d’un individu à l’autre. Finalement, d’autres contextes endocriniens propres à la femme modulent la réactivité au stress et la réponse de l’axe HPS soulignant ainsi la différence entre les sexes. En effet, la grossesse, la lactation et la prise de contraceptifs oraux atténuent généralement la réponse de l’axe. À l’inverse, la ménopause (Voir section ménopause et andropause sous-section diagnostiquer la ménopause) amène une réactivité au stress accrue comparativement aux femmes adultes ayant un cycle menstruel régulier.

Bien que l’estrogène soit grandement impliquée dans les différences de sexe au niveau de la réactivité au stress, d’autres mécanismes ont été proposés comme ayant une influence modulatrice dans le processus. Il a été suggéré que la plus grande sensibilité de la pituitaire à l’arginine vasopressine chez la femme pourrait avoir un impact dans la différence de sexe dans le fonctionnement de l’axe HPS.

Par ailleurs, comme il a été mentionné plus haut, la majeure partie du cortisol est liée à sa protéine de transport, le CBG, et seul le cortisol libre est actif métaboliquement. Il a été observé que les niveaux de CBG dans le sang sont plus élevés chez les femmes adultes que chez les hommes surtout lors de la prise de contraceptifs oraux. Donc, si les femmes ont plus de CBG, elles ont moins de cortisol libre et actif ce qui vient appuyer le fait qu’elles sont moins réactives à certains types de stresseurs, si la réactivité est mesurée par le cortisol salivaire (portion libre seulement).

En résumé, il semble que les hommes aient une réactivité au stress plus élevée que les femmes, ce qui se reflète par une augmentation plus marquée de cortisol face à un stress psychosocial, induit en contexte de laboratoire. Cette différence entre les sexes semble être expliquée en grande partie par les hormones sexuelles, où l’estrogène est l’acteur principal, ainsi que par les différences entres les sexes au niveau de certaines structures cérébrales. D’autres mécanismes ont été proposés pour expliquer cette divergence dont l’implication de l’arginine vasopressine dans le fonctionnement de l’axe HPS ainsi que les niveaux différentiels de CBG chez les deux sexes.


Chaire sur la santé mentale Femmes/Hommes Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine – site web