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Sexe, genre et réactivité au stress


Le stress et le genre

Puisque le genre (Voir section genre, rôle et identité de genre, sous-section genre) implique l’interaction d’un individu avec son environnement, il est justifié de croire qu’il pourrait jouer un rôle dans la perception d’une situation stressante. Pour les stresseurs de nature psychologique, l’évaluation subjective de la situation comme étant menaçante est nécessaire pour que l’axe HPS soit activé. Ceci souligne l’importance de considérer le genre dans la réactivité au stress puisque la perception des situations peut différer entre hommes et femmes. La prochaine section tente de lever le voile sur les différences de genre dans la réponse au stress indépendamment de la réalité biologique des hommes et de femmes.

L’étendue des recherches évaluant le rôle du genre dans la réactivité au stress est plutôt restreinte étant donné que le genre est un concept relativement nouveau et difficile à mesurer. Tout de même, il existe des études qui suggèrent que la réactivité au stress face à une menace se manifeste au-delà du contexte hormonal des deux sexes. D’abord, les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes rôles dans la société. Ainsi, ils sont exposés à différentes situations sociales et structurelles qui les rendent vulnérables à différents stresseurs potentiels.

Les analyses d’une imposante base de données de la 1994 Canadian National Population Health Survey montrent que le statut social des femmes diffère considérablement de celui des hommes et ce dans plusieurs sphères. Ces différences peuvent contribuer à une réponse de stress accrue chez la femme dans certaines situations où l’homme est moins réactif. Par exemple, les femmes sont moins susceptibles d’être employées que les hommes. Elles occupent des postes différents des hommes et sont plus susceptibles d’avoir des salaires moins élevés. De plus, il y a plus de femmes que d’hommes à la tête d’une famille monoparentale. À un niveau plus individuel, les femmes rapportent généralement moins d’estime de soi et de perception de contrôle que les hommes étant donné le statut que la société leur  a longtemps assigné. Ces résultats peuvent sembler contradictoires avec ceux obtenus en laboratoire où les femmes sont généralement moins réactives à un stress psychosocial que les hommes. Par contre, il faut garder en tête que la plupart des femmes testées en laboratoire sont des universitaires, ayant plusieurs années d’éducation, ne sont pas mariées et n’ont pas encore d’enfants. Considérant le fait que les résultats proviennent d’une base de données datant d’une quinzaine d’années, il est aussi possible que les femmes évaluées aient vécu dans un contexte social différent d’aujourd’hui où l’écart entre les rôles sociaux était plus important. Cela peut donc limiter la comparaison avec les études menées auprès de jeunes femmes d’aujourd’hui.       

Les rôles liés au statut marital des femmes influencent également leur réactivité au stress. Quelques études montrent que les hommes et les femmes, à un niveau occupationnel égal, réagissent de la même façon au stress lié au travail. Par contre, contrairement aux hommes, le niveau de stress chez la femme reste élevé même après le travail. En effet, une fois arrivées à la maison, les femmes ont encore plusieurs obligations dictées par leur rôle marital et/ou social (ex. : s’occuper des enfants, préparer les repas, etc.). Également, les femmes réagissent davantage au stress éprouvé par les autres, plus particulièrement leur conjoint. Les hommes, en contrepartie, sont plus réactifs aux stresseurs économiques. Ceci n’est pas surprenant puisque l’homme est traditionnellement vu comme étant le pourvoyeur économique de la famille.

Finalement, une étude a montré que les hommes avaient une plus grande réactivité face à une tâche arithmétique orientée sur l’accomplissement alors que les femmes ne semblaient pas particulièrement répondre à ce type de stresseur. À l’inverse, dans une tâche de rejet social, où le participant est soumis au sentiment de rejet dans un groupe de discussion, les femmes ont montré une augmentation cortisolaire significative, mais pas les hommes. Ces résultats corroborent les différences de genre bien connues dans la personnalité, les femmes ayant une plus grande orientation interpersonnelle et les hommes ayant une plus grande orientation instrumentale. Ainsi, cela semble supporter l’influence du genre sur la réactivité au stress. Par contre, il est important de souligner qu’il y avait beaucoup de variabilité entre les individus dans cette étude.  

Donc, malgré le manque de connaissances au sujet de l’influence du genre sur la réactivité au stress, il semble que le genre ait un rôle important à y jouer. Les rôles de genre et le statut social des hommes et des femmes semblent les exposer à différentes situations les rendant ainsi vulnérables et réactifs à des stresseurs différents. Par contre, étant donné que les rôles de genre sont de moins en moins différentiés et que l’homme et la femme sont de plus en plus considérés d’un point de vue égalitaire, ces différences vont-elles demeurer dans les générations à venir? Aussi, qu’en est-il des hommes qui sont plus compatibles avec une identité de genre plus féminine? Réagissent-ils de la même façon que les femmes? Qu’en est-il des femmes qui s’identifient plutôt comme un homme? Sont-elles réactives aux même stresseurs que les hommes? Des recherches auprès de ce type de population pourraient ouvrir de nouveaux horizons quant à l’impact du genre sur la réactivité au stress.


Chaire sur la santé mentale Femmes/Hommes Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine – site web