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Introduction

Sexe ou genre

Dans les années 60, au moment où le behaviorisme(1) était à son apogée, il était entendu qu’un nourrisson était malléable au plan comportemental de sorte que les conventions sociales seraient en mesure de forcer l’enfant dans un développement typiquement masculin ou féminin. Le cas classique de John-Joan-John a sérieusement remis en question ce postulat. John, un petit garçon de 8 mois, a perdu ses organes génitaux dû à une erreur lors d’une intervention chirurgicale mineure. Une décision a alors été prise d’élever ce petit garçon comme une petite fille en se basant sur le fait qu’en si bas âge, il était possible de moduler l’identité du garçon avec une éducation axée sur la féminité. Afin de promouvoir le processus de féminisation, les testicules ont été retirés vers l’âge de 17 mois de sorte que John n’avait plus rien d’apparence masculine. L’enfant a alors été élevé comme une fille et cela ne semblait pas causer de problèmes jusqu’à la puberté. Toutefois, on rapporte qu’en début d’âge adulte, Joan s’est reconvertie en John et a donc repris la voie masculine, s’est mariée et a adopté des enfants. Cette histoire a ébranlé la recherche psychosociale en mettant de l’avant la grande importance de l’organisation intra-utérine et en montrant que le sexe n’était pas le fruit d’une modélisation psychosociale.

 

D’un autre côté, en 1985, une jeune athlète a été officiellement retirée des Jeux Mondiaux Interuniversitaires parce qu’elle n’avait pas passé le test du sexe. En effet, au plan génétique, Maria Patino n’était pas une femme, du moins c’est ce qui a été démontré au test évaluant les chromosomes sexuels dans ses cellules. Elle avait une paire de chromosomes sexuels XY, ce qui est en fait la signature génétique typiquement masculine. Elle affirma toutefois ne jamais avoir douté de sa féminité. Des évaluations médicales ultérieures ont trouvé que sa condition était due au syndrome de l’insensibilité aux androgènes qui résulte en une déficience ou absence des récepteurs tissulaires aux hormones sexuelles mâles. Donc, pour un modèle chromosomique mâle, le développement corporel prend la voie féminine étant donné l’incapacité des tissus de répondre à la testostérone. Malgré tout, même si génétiquement elle était un homme et qu’elle ne possédait pas d’utérus, Maria vivait en étant une femme, adoptait des comportements féminins, avait des organes génitaux externes féminins, un corps aux proportions féminines ainsi qu’une réponse sexuelle féminine normale. Cette fois, ce sont les signatures biologiques qui se trouvent questionnées, ces soi-disant infaillibles et irréversibles paraphes qui ne pardonnent pas, une fois mis en place.

 

Cela dit, au risque d’être réductionniste, une question de base demeure : qu’est-ce qui détermine le fait qu’un individu devient une femme ou un homme? Qu’est-ce qui fait qu’on a tous la conviction de l’exclusive mutualité entre les deux sexes? Qu’est-ce qui est derrière cette certitude que chacun possède concernant la différence entre les hommes et les femmes, entre ces deux pôles inverses, entre Adam et Ève, entre Mars et Vénus? Les gènes, les hormones, l’environnement intra-utérin? Ou plutôt l’éducation, l’environnement immédiat, la culture et les conventions sociales? Bref, la biologie ou la socialisation? Les deux cas décrits plus haut nous mènent à l’évidence que la réponse à ces questions est loin de l’entendement. Il serait peu prudent d’essayer de résoudre la problématique en adoptant une vision simpliste et unique que ce soit dans les voies biologiques, physiologiques, ou morphologiques ou dans les voies psychologiques, comportementales ou sociales. La quête de la réponse doit se faire en considérant l’interaction inévitable entre la nature et l’environnement, deux concepts qui tracent les fondements des notions de différences de sexe et de genre.

 

Durant des années, les termes sexe et genre ont été utilisés de manière interchangeable tant dans le domaine de la recherche que dans la clinique appliquée. Par contre, il est évident que certaines différences comportementales ou expérientielles entre les hommes et les femmes n’émanent pas nécessairement des différences biologiques entre les sexes. Par exemple, le fait que les femmes portent des talons hauts et les hommes pas n’est certainement pas dicté par la biologie des individus. Donc, l’importance de considérer les concepts de sexe et de genre d’un oeil différent est de mise. La prochaine section se penchera sur les distinctions théoriques entre les notions sexe et genre.

(1) Behaviorisme : Approche en psychologie qui s’intéresse uniquement au comportement observable sans tenir compte des mécanismes internes du cerveau ou des processus mentaux non manifestes. C’est un mouvement pour lequel le comportement humain est entièrement déterminé par l’environnement ainsi que par l’interaction de l’individu avec son milieu.