Parents

Le stress chez vos jeunes


LE STRESS CHEZ LES ENFANTS : MYTHE OU REALITE?

Sonia Lupien, Ph.D.

Marie a 3 ans. Ses parents se sont séparés l’an dernier mais demeurent en bons termes. Marie vit une semaine chez son père, et une semaine chez sa mère. Elle fréquente une garderie cinq jours par semaine et chaque vendredi, elle quitte la garderie avec son petit sac de voyage sous le bras, compte tenu que son ‘début de semaine de garde’ chez papa ou maman a lieu tous les vendredis. De toute évidence, Marie est une enfant occupée et peut-être même un peu bousculée. Mais cela veut-il nécessairement dire que Marie est stressée?

La plupart d’entre nous aurions tendance à répondre à cette question par l’affirmative, et cette réponse s’explique en majeure partie par l’idée que nous avons du stress. La majorité des gens voient le stress comme étant le résultat de la pression du temps. Nous serions donc stressés lorsque nous n’avons pas le temps de faire toutes les choses que nous voudrions faire dans un laps de temps donné, ou lorsque nous nous sentons pressés par le temps. Dans ce cas, Marie pourrait être une enfant stressée car elle est constamment pressée par le temps, courant de chez papa à maman, et se dépêchant tous les matins pour aller à la garderie. Voilà pour le mythe. Qu’en est-il de la réalité?

Des recherches scientifiques effectuées depuis les 30 dernières années ont démontré que la définition du stress comme étant la pression du temps est erronnée, et qu’elle peut mener à de fausses interprétations quant aux conditions pouvant mener au stress et par extension, aux façons de gérer le stress dans la vie de nos enfants. Les chercheurs ont découvert que la pression du temps n’est en fait qu’une conséquence du stress, et non une cause. En fait, pour qu’une situation soit stressante, elle doit comporter au moins l’une des trois conditions suivantes : elle doit être nouvelle, imprévisible et de manière plus importante, la personne doit avoir l’impression qu’elle n’a pas le contrôle sur la situation. Ainsi, la pression du temps n’est que la conséquence d’une perte de contrôle sur le temps, et ne définit pas le stress tel quel.

Nouveauté, imprévisibilité, et absence de contrôle sur une situation. Voilà la recette parfaite pour une situation stressante. Compte tenu de cette définition du stress, il est clair que les enfants sont plus vulnérables au stress que les adultes, puisqu’ils ne possèdent bien souvent pas la capacité de contrôler les situations dans le but de diminuer la nouveauté et l’imprévisibilité. La gestion du stress chez les enfants passera donc nécessairement par un contrôle parental. Plusieurs études ont démontré que lorsque les parents agissent de manière à diminuer la nouveauté et l’imprévisibilité chez leurs enfants, ils peuvent augmenter le sens du contrôle chez ce dernier, et par extension diminuer son stress.

Lorsque les parents de Marie se sont séparés, ce fut par la force des choses une situation extrêmement stressante car elle était nouvelle, imprévue, et l’enfant avait sûrement l’impression de n’avoir aucun contrôle sur la situation. Toutefois, si les parents de Marie ont su établir une relation sans guerres de tranchée personnelles, s’ils ont graduellement exposé Marie au nouvel appartement de papa ou maman, et s’ils ont laissé une certaine latitude de décision à Marie quant à la fréquence des visites à l’un ou l’autre parent, ils ont contribué à diminuer cette réponse initiale de stress. Il est donc tout à fait possible qu’aujourd’hui, Marie ne soit pas une enfant stressée et qu’elle se développe aussi bien qu’un autre enfant n’ayant pas été bousculé par des événements familiaux.


Chaire sur la santé mentale Femmes/Hommes Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine – site web