Travailleurs

Burnout vs Dépression


Les pistes de solutions

1- La détection

Pour prévenir, il faut d’abord détecter la présence d’un problème. Même dans un environnement de stress au travail, une partie du personnel risque d’être affectée par des troubles de santé mentale. D’où l’importance de la détection pour déterminer les personnes à risque, ce qui n’est pas sans poser des problèmes.

Actuellement, parler de détection équivaut à la gestion d’un problème lorsqu'il est trop tard. On s’intéresse au problème et on essaie de le contrôler lorsque l'individu présente déjà des symptômes de « burnout » ou de dépression. C’est ce qui est qualifié en anglais, de « too late stage », car l’individu affecté sera retiré de son milieu de travail. Il sera en absentéisme et aura besoin de pharmacologie ou de toute autre forme d'intervention pour y remédier. Il lui reste peu de choses en termes de prévention.

Par contre, ce que la plupart des employeurs ne semblent pas comprendre, c’est que le stress est LE facteur déterminant pour le développement d'un « burnout » et le facteur le plus marquant pour le développement d'une dépression. D’ailleurs, le stress explique 100% des cas de « burnout » et 50% des cas de dépression en milieu de travail. Ainsi, détecter les personnes en stress chronique en milieu de travail aidera à prévenir l'émergence des troubles qui y sont liés bien avant qu’ils n’apparaissent.

2- Peut-on véritablement détecter le stress?

Après dix-sept années d'études sur le stress, nous sommes arrivés à la conclusion que le problème majeur du stress est que ce terme est sur utilisé. Cela est très bien illustré dans une citation tirée du New York Times : « Stress is a word that is as useful as a Visa card, and as satisfying as a Coke. It's non-committal and also non-committable (Richard Schweder, New York Times, 2004)

Ce terme utilisé à tort ou à raison est devenu extrêmement ambigu. Il y a autant de définitions du mot stress que de mots dans un dictionnaire. Cela pousse les gens concernés par cette problématique à penser qu'il y a peu d'avenues possibles de recherche.

La définition populaire du stress se limite à la pression du temps : une personne est stressée lorsqu’elle n’arrive pas à accomplir une tâche qui lui est octroyée dans une période de temps déterminée. C'est une définition fausse du stress.

Deux grandes écoles de pensée

Deux grandes écoles de pensée ont étudié le stress : l'école de la psychologie et l'école de la physiologie.

1- L’école de psychologie

De nombreuses études sur le stress en milieu de travail ont été effectuées par l'approche psychologique. Elles ont généré deux principaux modèles : le premier perçoit le stress comme provenant majoritairement de l’environnement (le stress comme étant un stimulus environnemental), alors que le second souligne un déséquilibre entre les ressources et les demandes.

a- Stimulus environnemental

On l’appelle « le modèle bibitte », c'est-à-dire qu'on perçoit l'événement extérieur comme étant le générateur de stress. Un deuil sera un stresseur, un mariage sera un stresseur, la naissance d'un enfant sera un stresseur, ce qui mènera ultimement à la pathologie. Le problème avec ce modèle est qu’il ne mesure que la conséquence du stress et ne porte aucune attention aux composantes qui pourraient expliquer pourquoi un mariage peut devenir un stresseur.

b- Déséquilibre entre les ressources et les demandes

C'est un modèle qui explique à peu près tout (ce qui devient donc son majeur problème), mais qui donne peu d’information sur les origines du stresseur puisqu'on doit à chaque fois déterminer quelles sont les ressources et les demandes. Ce sont des termes très abstraits.

Dans ces deux types de modèles, le stress psychologique est mesuré à l’aide de questionnaires, où l’on interroge le répondant sur divers sujets comme par exemple : « Est-ce que vous attrapez souvent le rhume? », « Est-ce que vous vous sentez tendu? ». Or, ces questionnaires mesurent les conséquences du stress et non ses causes. Ainsi, si le répondant obtient un score élevé à l'un de ces tests, il est déjà trop tard.   

Compte tenu des grandes faiblesses issues de l’approche psychologique du stress, plusieurs chercheurs se tournent vers la physiologie où on a trouvé des marqueurs très intéressants qui ont énormément de potentiel.

2- L’école de physiologie

L’adrénaline et le cortisol sont deux hormones que le corps sécrète lorsqu’une personne est stressée. La première étant très connue des spécialistes, notre attention se porte alors plus sur le cortisol.

En 1950, les chercheurs ont réussi à identifier et mesurer ces deux hormones dans l'urine. Pendant cinquante ans, les chercheurs n’ont fait qu’une chose : examiner les caractéristiques d'une situation qui pousseraient un corps à sécréter ces hormones. Après cinquante années de recherche, ils en ont trouvé quatre.

Ainsi pour qu’une personne interprète une situation comme étant stressante, ce qui mènera son corps à sécréter ces deux hormones de stress, la personne doit être confrontée à une situation nouvelle, imprévue ou imprévisible. De manière plus importante, la personne doit avoir l'impression qu’elle n'a plus le contrôle sur une situation donnée et enfin, cette situation doit menacer certains aspects de sa personnalité.

En effet, le stress est une expérience personnelle, mais qui résulte d'une interaction avec l'environnement. Si une personne restait toujours chez elle et ne faisait pas face à des nouveautés dans sa vie, elle aurait peu de chance d'être stressée, bien qu’il y aurait dans cette situation certains désavantages.

Le cortisol peut maintenant être mesuré dans la salive. D’où l'idée intéressante des chercheurs d’utiliser une « salivette » dont le bout est formé d’un petit morceau de coton imbibé d’une couche de polyester. Mise dans la bouche pour recueillir la salive, elle est retirée une fois complètement saturée et examinée par les spécialistes. Ce sont les niveaux de concentrations de l’hormone cortisol mesurés avec la « salivette » qui déterminent le degré d’exposition au stress d’une personne.

Une personne est dite exposée à un stress chronique, lorsque le cortisol cause un « effet domino ». C’est-à-dire, toute variation de son taux normal dans le corps affecte les autres hormones, car les hormones agissent à l’intérieur d’un système en boucle fermée. Ainsi, lorsque le corps se retrouve dans une situation de sécrétion accrue de cortisol pendant longtemps, l’effet à long terme sera une diminution de l'insuline, une augmentation du glucose, donc possiblement du diabète, une augmentation du cholestérol conduisant à des troubles cardio-vasculaires, ainsi qu’une diminution de l'efficacité du système immunitaire, causant des problèmes immunitaires.


Chaire sur la santé mentale Femmes/Hommes Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine – site web