Quelle est la différence entre le « burnout » et la dépression?
Depuis les années quatre-vingt-dix, les études menées au Centre
d’études sur le stress humain ont démontré que le cortisol avait une
propriété intéressante. Cette hormone est sécrétée dans le corps pour
générer tous les changements qui affectent les autres hormones et elle a
la particularité d’atteindre rapidement le cerveau. Auparavant, les
chercheurs n’avaient jamais pensé que les hormones pouvaient atteindre
le cerveau.
Comme un stéroïde qui va traverser facilement la barrière
hémato-encéphalique, elle accède au cerveau en presque huit minutes.
Elle commence alors à affecter l'hippocampe impliqué dans
l’apprentissage et la mémoire.
Cela nous a permis de démontrer que lorsqu’une personne est exposée à
long terme au cortisol, cette hormone en vient à modifier la capacité
de l’individu à détecter et négocier la nouveauté, à affronter
l'imprévisibilité et à avoir une notion de contrôle.
Après quinze années d'études, les chercheurs ont réussi à trouver des
différences patho-physiologiques importantes entre les personnes qui
souffrent de « burnout » et celles qui souffrent de dépression : les
individus qui souffrent de « burnout » ne produisent pas assez de
cortisol, comme si le corps décidait de faire la grève. À l'inverse,
ceux qui souffrent de dépression en produisent trop.
Actuellement cette hormone devient pour les spécialistes un
« bio-marqueur » capable de détecter très tôt les cas à risque de
développer un « burnout » lorsque les taux diminuent, ou une dépression,
lorsque les taux augmentent. Ce « bio-marqueur » pourrait offrir un
diagnostic différentiel entre le « burnout » et la dépression et
permettrait d’aider au diagnostic différentiel entre ces deux troubles
de santé mentale chez les gens qui souffrent. De plus, ce bio-marqueur
permettrait aussi de détecter les abus. Ici, il est important de noter
que si les spécialistes arrivent à détecter les abus, cela aidera les
gens qui souffrent véritablement, car, à long terme, ce sont eux qui
vont payer trop cher.
L’importance de la détection précoce du cortisol
Pour déterminer son importance, les chercheurs ont étudié un nombre
déterminé d’individus sur une période de quatre ans. Les résultats
qu’ils ont obtenus démontrent que ceux qui produisent trop de cortisol
ont l'hippocampe atrophié de 14%. Chez ceux qui sont exposés à cette
hormone pendant trop longtemps, on a d’ailleurs observé des troubles de
mémoire.
Le cortisol et le présentéisme
Le stress affecte l'apprentissage, la mémoire et la capacité d'être
performant. Des essais au laboratoire ont démontré la relation de cause à
effet entre le cortisol et le présentéisme. Par exemple, le cerveau
d’une personne stressée alors qu’elle participe à étude clinique en
rapport avec l'activation de son cerveau est inhibé par le stress. Un
cerveau inhibé devient évidemment improductif.
Conclusion : Comment traiter les cas détectés?
Il existe trois possibilités de traitement : les drogues pharmacologiques, les politiques sociales et le pouvoir du savoir.
a- Les drogues pharmacologiques
Au Centre d'études sur le stress humain, les chercheurs et les
spécialistes ne sont pas en faveur d'utiliser des drogues. Il est très
facile de contrôler cette hormone. Par contre, nous ne croyons pas que
prévenir le stress implique une médication. Le stress est généré par
l’interprétation qu’ont les gens de leur environnement. Aider les gens à
modifier leur perception de cet environnement est beaucoup plus
prometteur pour freiner l’épidémie du stress, que l’administration
précoce de drogues pharmacologiques.
b- Les politiques sociales
Les chercheurs scientifiques peuvent tenter d'influencer les
politiques sociales en donnant des arguments convaincants. Par contre,
la communauté scientifique favorise évidemment la troisième voie, le
pouvoir du savoir.
c- Le pouvoir du savoir
Une situation n'est stressante que si elle est interprétée comme
telle. Si les chercheurs aidaient les personnes à reconnaître ce qu’est
le stress, cela aurait sans doute une incidence positive. En effet, en
apprenant aux gens à détecter et gérer le stress, nous pensons pouvoir
réduire cette problématique chez les individus. Les études ont démontré
que si une personne reste chez-elle et rumine assez longtemps sur son
manque de contrôle, elle finira par produire assez de cortisol pour
avoir des effets à long terme.
Pour pouvoir modifier la façon dont une personne traite
l'information, il faudrait diminuer sa capacité de sécréter trop de
cortisol. On a calculé que si un tel projet devait être efficace chez
seulement 10% des gens qui souffrent des effets du stress sur la santé
mentale, des économies nettes d’un milliard de dollars par année
seraient générées.